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GÉNÉRATIONS SACRIFIÉES
De 1954 à 1962, trois millions de jeunes Français ont été projetés dans une guerre pour laquelle ils n'étaient préparés ni militairement, ni psychologiquement. Quand ils sont revenus –parfois de l'enfer –, aucune structure d'accueil n'a été prévue pour les aider à libérer leur mémoire. Or quel homme devient-on quand on traîne dans son esprit l'image de camarades émasculés, la bouche garnie de leurs attributs sexuels ? Quand on vous a obligé à tuer de sang-froid, à assister à des scènes de torture, et qu'au bout du compte, tels les soldats du Viêtnam, on se sent à la fois trahi et coupable ?
Des années d'enquête ont permis à Raphaël Delpard, écrivain et cinéaste, de montrer ce que fut la vie au quotidien de ces « générations sacrifiées » et de leur rendre la parole qui leur avait été confisquée dans l'indifférence générale et le mépris des gouvernements.
Un document bouleversant, et un retour sur l'Histoire.
Extrait :
Les couloirs résonnent alors de la course des soldats à la recherche d’un ancien d’Algérie attendant sa démobilisation. Lui sait ce qui se passe vraiment là-bas. « Est il vrai que les fellaghas (combattants algériens), lorsqu’ils font un prisonnier, soit ils l’égorgent, soit ils lui coupent les couilles et la bite, et les placent ensuite dans la bouche du soldat ? » les questions arrivent en rafale, impossible de répondre à toutes. »D’autres appelés ne disent rien. On les voit se diriger, visage sombre, vers les latrines. Peu de temps après, un camarade alerte l’infirmerie. Un ou plusieurs soldats se sont coupés les veines des poignets. D’autres se soulent ave méthode. D’autres enfin, debout sur la barre d’appui d’une fenêtre, s’apprêtent à se jeter dans le vide.
L’affolement gagne les officiers et les sous-officiers. Ils courent en hurlant dans les couloirs, essayant de rassembler les appelés. La panique dans la caserne est à son comble. Je ne peux oublier ces instants où les officiers, aidés par des soldats du contingent, hissent dans les camions les plus ivres ou ceux qui, tétanisés, se révèlent incapables du moindre mouvement.
Les G.M.C. (camions militaires), pleins de leur chargement, s’ébranlent l’un après l’autre. A l’instant de franchir le portail, les bâches se soulèvent avec rage. Les soldats hurlent à ceux qui font partie du prochain départ : « Ne nous oubliez pas ! ». 40 ans après, presque chaque jour, je continue de les entendre.
…
Devant l’impossibilité de quitter le sol algérien, l’appelé comprend que désormais sa vie est entièrement entre ses mains. Il doit apprendre à tuer afin de ne pas prendre le risque de l’être à son tour.
Au fil des mois, l’appelé s’aguerrit. Il devient un combattant ; un guerrier parfois…
L’appelé souffre de la faim, de la soif, du manque de sommeil, de l’éloignement de sa famille, et de la peur. Le danger est partout. La femme qui passe portant un fagot de bois sur son dos peut dissimuler une arme sous ses robes. La fillette venant mendier des pièces de monnaie aux soldats ; dan sa poche ; une grenade dégoupillée…
« Celui qui prétend ne jamais avoir eu peur en Algérie n’est pas sincère, ou alors c’est un inconscient. »
Table des matières
Le départ
L’embarquement
L’Algérie
Les affectations
Embuscades
La peur
La violence
La torture
Les appelés face à la torture
Protestation chrétienne contre la torture
Sauvagerie algérienne
La torture et le pouvoir
Les rappelés de 1956
Ceux qui ont dit non !
Le bagne pour l’objecteur
Les gradés
Prisonniers et disparus
Je suis venu vous annoncer…
Quand la France abandonne les harkis
Quand la France oublie les appelés
Les chiffres
Parution : 2001
Pages : 325
Taille : largeur 15,74 cm / hauteur 23,43 cm
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