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Personne ne peut contester l'extraordinaire Résistance cheminots lors de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, derrière les actes de bravoure, il existe une page noire : celle des convois de déportation raciaux et politiques. Comment expliquer que, dans le même temps, des trains ennemis aient été sabotés, et que ceux dans lesquels étaient entassés des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants soient passés sans encombre ? Quel a été précisément le rôle des chemins de fer français ? Pourquoi la Résistance n'a-t-elle jamais arrêté un convoi racial ou politique ? Pour quelle raison les cheminots n'ont-ils pas usé de leur droit à la désobéissance ?
Les Convois de la honte : une enquête fouillée, apportant des réponses claires, étayée par des entretiens inédits, des révélations et des documents encore jamais dévoilés. Cinéaste, romancier, essayiste, Raphaël Delpard s'est révélé avec Les Enfants cachés, et est l'auteur d'un remarquable travail de mémoire sur l'Algérie. 20 ans pendant la guerre d'Algérie, L'Histoire des pieds-noirs d'Algérie et Les Oubliés de la guerre d'Algérie, publiés aux éditions Michel Lafon
Extrait : Comment raconter les convois de la déportation en évitant le piège de l’accusation immédiate ? Ce n’était guère facile car là où on pose le regard, il ne rencontre que de la souffrance. Ma démarche devait être empreinte d’une grande prudence. Il fallait éviter à tout prix d’entrer dans une polémique qui n’aurait rien apporté au débat et, pour y parvenir, il m’a semblé que le mieux était de dresser un état des lieux. Raconter l’aventure du chemin de fer, et à son propos dire que cette invention magnifique qui a bouleversé la vie de bien des gens a, aussi, été utilisée pour transporter vers leur mort programmée des femmes, des hommes et onze mille enfants…Montrer l’état d’esprit des cheminots et indiquer que ces hommes, en préparant des convois et en conduisant des locomotives, ont peut-être été involontairement les bras séculiers des barbares, parce qu’ils étaient enfermés dans une spirale administrative. Enfin, poser la question centrale de cette Enquête : Les dirigeants de la SNCF et les ouvriers du rail avaient-ils une marge de manœuvre suffisante pour empêcher ou désorganiser les trains de la mort ?
S’il est vrai que les sabotages sont l’image de marque de la résistance cheminote et constituent son aspect le plus visible, il est d’autres actions moins spectaculaires qui sont à porter à son crédit : le ramassage des lettres jetées depuis les trains des déportés, glissées au travers des interstices du plancher du wagon ou par ceux de la lucarne souvent oblitérée…
La responsabilité de la SNCF dans son action de relais de la mort est ans conteste. 76000 Juifs dont plus de 11000 enfants ont quitté le territoire français dans des wagons qui étaient la propriété de la compagnie française… C’est encore la SNCF qui a facturé les transports qu’elle assurait, et réclamé, bien après la libération, les sommes qui ne lui avaient pas été payées…Comment cerner les responsabilités ? D’un côté la SNCF, de par son statut d’entreprise publique, se trouvait sous la tutelle du gouvernement de Vichy ; dès lors, comment pouvait elle refuser son concours à l’autorité d’occupation ? Ce qui choque en réalité vient du paiement. .. Serge Klarsfeld rappelle que le 12 août 1944, la subdivision du contrôle des recettes « voyageurs » à Paris réclame au préfet de Haute-Garonne 210 000 francs pour les transports d’internés des camps de Noé pendant le premier semestre 1944. »
Et comme conclusion, voici cette phrase terrible de maître Joseph Roubach, avocat de Kurt Werner Schaechter, citoyen Autrichien en procès avec la SNCF pour responsabilité directe dans la mort de ses parents : « Il n’a jamais été question dans notre esprit de faire un amalgame entre les cheminots et la direction. Le sens de notre démarche était simple, mettre en lumière en quoi et pourquoi la SNCF, qui a assuré le transport des déportés de la zone lire vers celle qui était occupée, puis vers es camps de la mort, pouvait voir sa responsabilité gravement engagée en tant que complice de l’occupant, complice des nazis, puisque être complice signifie apporter assistance à l’auteur du crime. Il doit être clair dans l’esprit de tous que sans transport il n’y a pas de déportation, et par voie de conséquence il n’y a pas de crime contre l’humanité. »
Table des matières : Présentation
La naissance du chemin de fer
L’aventure de la vapeur
A la conquête du monde
Portraits des seigneurs du rail
Le train, les français et la guerre
La SNCF sous la tutelle allemande
La résistance cheminote
Les sabotages
L’engagement dans la résistance
Les actions
La répression communiste et la résistance
Le statut des juifs dans la France de Vichy Les arrestations
Les déportations
L’embarquement
Le train de déportation
La responsabilité de la SNCF
Les cheminots
Pour conclure
La responsabilité mondiale
Parution : 2005
Pages : 325
Taille : largeur 15,61 cm / hauteur 23,43 cm
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